Qu'est-ce que le Koto?

J.S. Bach et Kengyo Yatsuhashi << Kengyo Yatsuhashi est mort en 1685, l'année où est né Bach >>... Cette expression récente s'adresse avec fierté au japonais méconnaissant le Koto. Kengyo Yatsuhashi (1614-1685) est le fondateur de la musique de koto, ces compositions comprennent nombre de merveilleux solos. En particulier << Rokudan >>, chef-d'ouvre universellement apprécié , cette pièce composée de six sections sous forme de variations est jouée dans le mode pentatonique mineur appelé hira-jyoshi (La-Si-Do-Mi-Fa) ,dont Yatsuhashi est le créateur. En fait, l'expression << Kengyo Yatsuhashi est mort en 1685, l'année où est né Bach >> met en évidence l'existence d'une telle musique au Japon dès le début du 17e siècle. De nos jours, en effet , dans un Japon dominé par la musique occidentale, il est plus facile de faire connâitre la très ancienne tradition musicale du Koto et son excellence en citant J S Bach, génie universellement reconnu. Le koto, tel que le joue Mieko Miyazaki, reste un instrument pratiquement inchangé depuis l'époque de Yatsuhashi, il compte 13 cordes tendues sur une longue caisse de résonance en bois de paulownia formant une légère courbe, et s'accorde par le déplacement de chevalets mobiles appelés << ji >>. Les cordes, traditionnellement en soie, sont aujourd'hui en matières synthétiques, ce qui permet davantage de tension. Le charme du koto réside principalement dans sa belle sonorité. Le koto existait bien avant l'époque de Kengyo Yatsuhashi. Cet instrument joué principalement à la cour impériale de Chine est introduit au Japon à l'époque de Nara (710-794). Il est alors associé à d'autres instruments à vent et à cordes pour produire des sons continus que l'on peut entendre aujourd'hui dans le gagaku (la musique de cour japonaise). Depuis lors , le koto se développe progressivement pour acquérir ses premières lettres de noblesse avec Kengyo Yatsuhashi.

Après Kengyo Yatsuhashi, la musique de koto se transmet essentiellement par la guilde des aveugles appelée << tôdô >>, guilde officiellement reconnue par le gouvernement shogunal. En outre, le titre du premier rang officiel du tôdô provient du nom de Kengyo. Le tôdô contribue aussi à la transmission de la musique de shamisen << Jiuta >>(sorte de luth japonais), le koto et le shamisen se jouent ensemble au 18e siècle. Le fait qu'au Japon la plupart des joueurs de koto , à l'instar de Mieko Miyazaki , jouent aussi du shamisen s'explique dans ce contexte historique.

Au 21e siècle, afin de mieux faire connaître la musique traditionnelle japonaise, les cours d'instruments traditionnels japonais sont imposés en classes de musique dans le programme des collèges. C'est un changement d'orientation majeur depuis l'introduction ,en 1879, de l'enseignement musical à la mode occidentale dans le système scolaire japonais. Dans les cours de musique traditionnelle adoptés depuis 2002, le koto est le plus utilisé. Le koto est certainement l'instrument représentatif du Japon. Il est aussi l'instrument traditionnel le plus joué et on compte actuellement entre deux cent mille et deux cent cinquante mille pratiquants. Mieko Miyazaki Depuis Michio Miyagi, la musique pour koto est remarquée en tant que musique instrumentale, tout comme la musique moderne et contemporaine. Cependant, Mieko Miyazaki fait revivre le style unissant le chant et l'instrument, ce qui est le trait le plus caractéristique de sa musique. C'est un véritable auteur-compositeur-interprète . Ses mélodies expriment un trait essentiel de la tradition japonaise mêlé d 'éléments de musique populaire et de musique moderne. son style est donc très différent d'un simple jeu de koto <<à l'occidentale>>. Sa musique incomparable, son remarquable sens mélodique enrichi de nuances actuelles, a évidemment été remarqué à l'étranger.Personnellement, je pense que le fait que Mieko se soit installée en France où est né l'impressionnisme était inévitable. Après l'écoute de la musique japonaise à l'exposition universelle de Paris, Claude Debussy, compositeur très populaire au Japon, a exprimé en 1915 son aspiration dans << Sonate pour flûte, alto et harpe >> avec une instrumentation singulière. Cette ouvre est reconnue dans le monde entier comme l'un des chefs-d'ouvre de la musique de chambre. Près d'un siècle plus tard, la musique pour koto violon et accordéon composée à son tour par Mieko avec son instrumentation si particulière, comment sera t-elle reçue au-delà des frontières japonaises ? << La chanson de Katyusha >>, composée par le compositeur Shinpei Nakayama en 1914 est une chanson aimée des Japonais. Est-ce seulement moi qui y trouve un point commun entre les lyrismes japonais et français ? Le koto, le violon et l'accordéon... est la combinaison d'instruments idéale pour un tel lyrisme. J'espère que la fusion de la technique et de la sensibilité remarquables de ces trois musiciens révèlera sur la scène mondiale les possibilités de ce vieil instrument : le koto. Takafumi Tanaka : rédacteur en chef de << Hogaku journal >>.(le journal de la musique japonaise.) Après la fin de l'époque d'Edo (1603-1867) durant laquelle le Japon est gouverné par la classe guerrière, l'abolition du tôdô provoque une grande confusion dans le monde musical du Koto et du Shamisen . Au début du 20e siècle, Miyagi Michio*(1894-1956) , musicien de génie lui-même aveugle , créa un style hardiment nouveau dans la musique de koto alliant des éléments de la musique occidentale à ceux de la musique traditionnelle. En 1921, il invente le koto à dix-sept cordes (ju-chigen)et l'enrichi ainsi de notes graves, puis se met en campagne pour la << nouvelle musique japonaise >>. Malgré une certaine opposition de la part de musiciens et critiques conservateurs, ce mouvement se répand peu à peu grâce à des tournées nationales, et à l'éclosion de la radio et du disque qui permettront son succès. Après la Seconde Guerre mondiale, tandis que les compositeurs de musique de style occidental cherchent leur identité japonaise, des joueurs de koto et de sakuhachi (flûte de bambou traditionnelle) recherchent une nouvelle forme d'expression musicale, ils s'entraident alors les uns les autres pour créer des pièces originales. Les années soixante furent la période de floraison de la musique moderne. Des solos pour koto à dix-sept cordes furent composés. De nouveaux kotos furent réalisés avec davantage de cordes (successivement trente, vingt et vingt-cinq cordes). Durant les années quatre-vingt, alors que la musique d'avant-garde aboutit à une impasse, des musiciens s'intéressent de nouveau à l'importance de la mélodie et au lyrisme. Les jeunes musiciens commencent alors à présenter leurs propres ouvres sans avoir recours aux compositeurs. Dans les années quatre-vingt-dix, sous l'effet du boom des musiques du monde, la musique traditionnelle japonaise s'unit à la musique pop. L'apparition de groupes de styles divers jouant avec des instruments variés attire la sympathie de la plupart des Japonais qui ignoraient jusqu'alors les instruments traditionnels du Japon. C'est à ce moment précis que Mieko Miyazaki démarre une brillante carrière en composant ses propres ouvres. Dans ses concerts , elle se produit parfois en solo, parfois accompagnée au piano et à la contrebasse. Sa libre sensibilité se distingue a tel point qu'elle provoque la disparition de notion de genre musical particulier. Ce mouvement est très différent du milieu du koto des écoles traditionnelles..

le Koto
koto dans le paysage
koto sur un quai
koto et guo gan
Haniwa koto
hand on koto