Mieko Miyazaki koto et
chant
Manuel Solans violon
Bruno Maurice accordéon
La configuration du TRIO MIYAZAKI compte
incontestablement parmi les plus improbables que l'on pouvait
imaginer : un koto, un violon et un accordéon ! Toute
classification de genre s'avère de fait impossible, pour ne pas dire
inutile. Ce disque est l'histoire de trois musiciens issus d'horizons
différents et dont la rencontre a débouché sur l'envie de dire des
choses en commun à partir de leurs trajectoires respectives.
Manuel SOLANS joue du violon depuis ses six ans, a débuté sa
carrière à quinze et s'est produit au sein de divers ensembles et
orchestres symphoniques, lesquels lui ont permis de faire de la
scène dans de nombreux pays et d'y rencontrer des musiciens
renommés, de Zubin MEHTA à Narciso YEPES en passant par
Placindo DOMINGO, Daniel HUMAIR, et tant d'autres...
Ses voyages ont ainsi attisé sa curiosité des autres traditions
musicales, et
c'est en cherchant à découvrir la tradition japonaise qu'il a rencontré
Mieko MIYAZAKI en 2004. Tous deux ont ensuite découvert les
disques solo de Bruno MAURICE, un accordéoniste qui, tout en
participant à plusieurs ensembles de musique de chambre, de musique
contemporaine et des orchestres symphoniques, compte parmi les rares
à se produire en récital soliste. L'idée de former un trio n'a pas
tardé à
prendre forme...
Que la plupart des compositions du TRIO MIYAZAKI puisent dans la
tradition japonaise n'étonnera certes personne, mais force est de
reconnaître que l'on n'avait jamais entendu résonner de la sorte cette
tradition. Quasiment toujours basées sur le mode pentatonique (gamme
à cinq sons très prisée par une quantité de traditions musicales
asiatiques), les compositions de Mieko MIYAZAKI s'inspirent de
diverses sources : Midare Gami prend ainsi appui sur cette forme
poétique codifiée du VIIe siècle appelée tanka (Midare Gami) et permet
à Mieko MIYAZAKI de faire également entendre son étonnant timbre
de voix. Les rythmes du wadaïko (art ancestral du tambour japonais)
ont inspiré Ryu No Mezame, la pièce inaugurale du CD, dont la
structure offre en son milieu l'opportunité à Bruno MAURICE
d'improviser et d'extraire de son accordéon des sons qui défient la
condition humaine.
La variété d'inspiration de Mieko MIYAZAKI se traduit également
dans ses choix de reprises de pièces qui ont, chacune à leur façon,
marqué l' histoire musicale japonaise du XXe siècle. Kachusha No Uta,
ou la Chanson de Katioucha, écrite en 1914, est en effet considérée
comme la première rengaine populaire de l'époque « moderne ».
La reprise de Haru No Umi est doublement symbolique : elle permet à
Mieko MIYAZAKI de rendre hommage à son auteur, Michio
MIYAGI, qui, au début du XXe siècle, a rénové la musique classique
de koto (ainsi que la technique de ce dernier) en y intégrant des
apports
de musique classique occidentale. Mieko MIYAZAKI renoue avec
l'intention originelle de MIYAGI, qui avait composé cette oeuvre pour
deux instruments, koto et flûte shakuhachi ; sauf que cette fois, le
violon de Manuel SOLANS remplace le shakuhachi, pour un résultat
tout aussi éblouissant. Inspiré par le mouvement impressionniste
français, cet opus parfumé de romantisme tresse un lien idéal avec
l'autre univers de référence du TRIO MIYAZAKI qui est la musique
occidentale. La tradition française est une fois de plus explorée dans
Asakusa-Notre Dame, qui métamorphose avec beaucoup de malice un
thème oriental en air de musette.
Il faut enfin mentionner la composition de Bruno MAURICE, extraite
de son propre concerto Cri de lame, au titre éminemment évocateur :
Caresse distille un très poignant climat de mélancolie rassérénée qui
nous débarrasse de toute pesanteur...
Mais c'est probablement avec la pièce éponyme au disque que le trio
TRIO MIYAZAKI donne toute l'étendue de sa singulière expression :
d'une atmosphère trouble et extatique se dégage peu à peu une tension
dramatique subjuguante. Jouant allègrement sur les contrastes
idéogrammatiques de couleur (« saï ») et de rythme (« ko »), fondé sur
une structure traditionnelle qui accorde une grande place à
l'improvisation, Saï-ko est le morceau à la fois le plus dense, le plus
ouvert et le plus emblématique du répertoire du trio. C'est peut-être
aussi le plus exigeant pour l'auditeur...
Entre délicatesse et vitalité, émotion contemplative et dynamisme
malicieux, la musique du TRIO MIYAZAKI dessine un espace
impressionniste et lyrique qui éclaire sous un angle inédit les
rapprochements déjà tentés il y a un siècle entre les mondes musicaux
japonais et occidentaux. Les histoires qui s'y racontent entre le koto
de
Mieko MIYAZAKI, l'accordéon de Bruno MAURICE et le violon de
Manuel SOLANS remontent donc à loin, et ont tous les atouts pour se
projeter dans l'avenir...
C'est au cours d'une tournée au Japon que Mieko Miyazaki rencontre Manuel Solans. Leurs premiers échanges furent très vite marqués par leur découverte commune des enregistrements de Bruno Maurice. Koto,violon,accordéon ? Pour Mieko Miyazaki,la chose était entendue : Ils devaient fonder ce trio ! En 2006, Mieko décide de partir pour la France. Nouvelle vie,nouveaux projets. Composer et créer devenait ses priorités. C'était un rêve innaccessible qui devenait réalité !
Tel un livre d'aventures, le premier disque du Trio Miyazaki est une invitation au voyage. Il nous transporte dans un monde imaginaire et poétique où règnent élégance et raffinement. Nourrie de la tradition japonaise, la musique de Mieko Miyazaki se fait mélodique, profonde et nostalgique. Guidée par le jeu délicat et tranchant du koto, la trame se libère dans des espaces improvisés. Ici et là souffle un vent de liberté où de multiples influences se rejoignent, jazz, tango, musette, effets contemporains.