Mieko Miyazaki

Koto

QU’EST CE QUE LE KOTO ?

Le koto, les origines

Importé de Chine au VIIIème siècle sous le nom de Zheng, le koto est l’instrument emblématique japonais. Sa structure de cordes tendues sur une longue caisse de résonance le classe dans la famille des cithares de l’Asie de l’Est.

Il est joué dans les premiers temps à la cour impériale de Chine puis adopté par les moines musiciens dans les temples Bouddhistes. Peu à peu, il se popularise et devient l’instrument traditionnel du Japon.

Bien que le koto existât avant Kengo YATSUHASHI (1614-1698), on lui doit la première pièce écrite pour cet instrument. En effet, les compositions antérieures se transmettaient oralement car le gouvernement avait restreint la profession d’interprète musicien aux seuls aveugles. C’est avec les compositions de Kengyo YATSUHASHI « Rokudan », « Hachidan », « Midare» que la musique de koto prend naissance.

En 1639, le gouvernement japonais ferme le pays aux étrangers. À l’abri des invasions et des conflits internes, la culture traditionnelle japonaise puise dans ses propres racines et s’en enrichit.

La musique de koto dite « Sokyoku » se développe en se démarquant de la musique de théâtre et de celle jouée dans les maisons closes. Le koto acquiert alors une dimension spécifique et singulière et devient un instrument à part entière.

Lorsqu’en 1854 le Japon ouvre le pays aux étrangers, le koto est rapidement influencé par la musique occidentale. La musique de Sokyoku se métamorphose au début du XXème siècle grâce au compositeur impressionniste et rénovateur, Michio MIYAGI.

Le koto, l'ère moderne

Michio MIYAGI perd la vue à l’âge sept ans. À neuf ans il débute l’apprentissage du koto selon la pratique traditionnelle des musiciens aveugles et atteint le niveau de maîtrise dès l’âge de 12 ans. Sa première pièce « Métamorphose de l’eau » composée à 14 ans, fréquemment jouée, est encore aujourd’hui considérée comme l’œuvre fondatrice du Sokyoku contemporain.

Grandement influencé par la musique occidentale, Michio MIYAGI s’inspire de la musique vocale européenne dans ses compositions d’un style impressionniste exacerbant la sensibilité et l’expression. La musique japonaise ne possédant pas de notion de « basse continue », Michio MIYAGUI invente le « Jushichi-gen » (sorte de koto basse à 17 cordes) grâce auquel il est à même d’enrichir ses compositions.

Il enregistre «Haru No Umi » (Mer au Printemps) composé en 1921 avec la violoniste française Renée Chemet. Cette œuvre majeure du répertoire classique japonais sera distribuée au japon, en France et aux États-Unis.

Un grand nombre de ses compositions marque l’histoire de la musique japonaise, telles que ses œuvres pour formations orchestrales composées d’instruments japonais et ses pièces de concert pour chœur mixte et orchestre de kotos.

Après la deuxième guerre mondiale, la dynamique du mouvement contemporain, principalement présent dans les pays occidentaux, exerce une grande influence sur la musique de Koto. Sa sonorité mystérieuse et sa facilité d’accord séduisent les musiciens occidentaux. Les compositeurs intègrent le koto dans les pièces contemporaines : cet instrument jusqu’alors simple instrument folklorique d’Asie de l’Est est présent sur les scènes internationales.

Histoire du Kit-O-koto

LE KOTO PLIABLE

Un Koto ordinaire mesure 180cm de long. Quand je voyage en train, voiture ou avion, portant le long Koto pour des concerts et des répétitions, cet instrument rend souvent le voyage particulièrement difficile. Souvent amenée à effectuer le trajet de l’Europe vers l’Asie et confrontée au frais supplémentaires d’enregistrement de mon Koto qui s’élèvent à 300 $ pour un vol aller, le projet d’un instrument transportable a progressivement occupé mon esprit.

Si la taille approximative d’un koto est de 180cm de long, sa largeur est de 30cm et son épaisseur de 10cm. Cela signifie que cet instrument est essentiellement encombrant par sa longueur. La partie principale du Koto, autrement dit son corps, est fait de Paulownia. En conséquence, j’étais convaincue qu’en utilisant un bois de qualité et en faisant appel à un excellent savoir-faire, il serait possible de réaliser un koto capable d’offrir la même qualité sonore qu’un Koto ordinaire en connectant deux sections indépendantes.

Je me décidai alors à initier la conception d’un koto pliable. Afin de concrétiser ce projet, je consultai M. Tanikawa, un Okotoya- san expérimenté. M. Tanikawa est propriétaire d’un magasin de Koto « Koto Boutique Tanikawa » à Setagaya, Tokyo. De nombreux joueurs de Koto, de toutes générations, font appel à son expertise et son savoir-faire. Je proposai à M. Tanikawa de contribuer à la fabrication d’un koto qui pourrait être plié dans un format compact et facile à transporter. Il accepta immédiatement cette idée et travailla sur le projet en collaboration avec le luthier de koto, Komori. Grâce à cette collaboration, nous sommes fiers aujourd’hui d’annoncer la naissance d’un nouvel instrument : le KIT-O-KOTO.

Selon M. Tanikawa, le défi le plus important de cette réalisation fut de créer le joint idéal entre les surfaces de liaison des deux parties de l’instrument. Etant donné que la tension des cordes du Koto est très forte, les deux surfaces se trouvent reliées solidement par l’étirement des cordes en place. Il suggéra également que le corps du koto soit renforcé par une planche. Il pensa à attacher une boucle qui pourrait être retirée facilement.

Après plusieurs tentatives et six prototypes sacrifiés , M. Tanikawa et le luthier Komori réussirent à élaborer une conception précise de l’instrument pliable.

Le principe consiste à assembler les deux surfaces avec une broche et une boucle, puis à fixer les 13 cordes une à une. Les vis hexagonales utilisées pour l’assemblage des koto 17, 20 ou 25 cordes sont identiques. Parce que les broches des cordes sont fixées au Ryubi, le Kashiwaba (l’endroit où l’excédent de corde est enroulé) n’est plus nécessaire. Ainsi, M. Tanikawa a proposé une idée pour régler le Ryubi plus loin que sur un koto ordinaire. Cette idée a permis d’utiliser des cordes plus longues pour une meilleure performance. En réglant le son le plus bas à un ton plus bas, il n’est plus nécessaire de constamment resserrer les cordes. Les 13 chaînes sont fixées si fermement à la surface du corps que les sons ne peuvent jamais s’infiltrer dans l’articulation. Le système de broches et de boucle qui connecte les deux parties du corps, permet à l’instrument de résister sans problème aux chocs endurés par le Koto durant la performance du musicien. La vibration des cordes diffusée à travers ji (pont) est répartie sur tout le corps. La sonorité s’en trouve aussi bonne qu’avec tout koto ordinaire. Le montage et le démontage nécessitent respectivement 15 à 30 minutes en moyenne .

Je possède un vaste répertoire qui va de la musique traditionnelle aux collaborations avec orchestres classiques ou formations Jazz / Musique du monde. Je donne des concerts dans divers pays et suis confrontée à différents types d’acoustique selon les lieux de spectacle. À travers cette expérience et ces défis pratiques, j’ai pu mettre le KIT-O- KOTO à l’épreuve et valider son adaptabilité à toutes les situations. KIT-O-KOTO est un instrument qui se plie à toutes les circonstances.

J’adresse ici tous mes respects à M. Kazuhiro Tanikawa et M. Yoshiaki Komori, qui ont compris et accepté mon projet. Leur conception est audacieuse et fonctionnelle. Leur grand savoir-faire artisanal et leurs connaissances techniques furent déterminantes dans l’aboutissement de ce projet.

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